Inquiète? oui, je le suis. Mon homme, mon futur époux, ma moitié, le futur père de mes enfants est en mer. Il navigue sur un petit voilier de 10 mètres à peine, en aluminium certes, mais tout de même aux prises avec la grande bleue.
Du vent? Non, il n'en a pas,ouf...De la mer? Non plus, c'est déjà ça...Je consulte la météo presque trois fois par jour, tente de décrypter les images satellite, les lui communique. La femme à terre veille...Elle guette la direction et la force du vent, se documente sur la signification des grands "H" et "L" inscrits au centre d'un grand cercle, examine la hauteur et le sens des vagues.
Cela m'évoque, à une autre époque, les femmes de marins, à Ouessant, toujours habillées de noir, qui se levaient en scrutant la mer et se couchaient en écoutant l'océan. Cela m'évoque la photo d'Agnès Varda, "les veuves de Noirmoutier", veuves de pêcheurs et de marins disant l'absence, debout sur une plage, face à l'océan. Car au-delà de l'inquiètude, c'est l'absence de l'être cher qui domine.
Heureusement, nous sommes à une époque où les téléphones satellites font des merveilles! Il ne se passe pas un jour sans qu'il ne m'envoi de ses nouvelles, pas un jour sans que je lui en envoie à mon tour. Par petits SMS ou mails, je le retrouve un peu, je le devine derrière la machine, j'entrevois quelques-uns de ses traits. Mais, surtout, j'entends son bonheur d'être là-bas.
Et c'est ce bonheur là qui me tient, me soutient et me nourri. Son bonheur à lui, qui me fait dépasser la manque de sa chaleur et de son odeur. Ce bonheur qu'il a, d'accomplir son rêve, prend le relai de sa présence et de ses petits soins.
Non pas que je sois dans le sacrifice, loin de là! J'aime ce qu'il fait, ce projet qu'il réalise, sa détermination. Fière? Oh oui! Fière de ce qu'il est et de ce qu'il est en train d'accomplir. Alors c'est avec patience que je laisse les jours s'écouler en sachant que chaque heure qui passe me rapproche de lui. Mais parfois je regarde la mer, moi aussi, et malgré les satellites et autres technologies de notre siècle, je la prie de le laisser en paix.