Le tour du monde du voilier TIMSHEL et de son equipage
23/03/2007 à Quintana Roo, Isla Mujeres, Mexique.
Nous y voilà ! Pour moi, l’aventure s’arrête ici, au Mexique, à l’Isla Mujeres. Je vais rejoindre ma Bretagne encore toute humide et grisonnante pour les trois prochains mois. Et oui, mon statut d’étudiante m’impose de rentrer de temps en temps quand même pour préparer et passer mes examens de fin d’année. Mais je ne vais pas me plaindre car c’est aussi grâce à lui que je peux faire des petits bouts de chemin à bord de Timshel. Et puis, Ma Bretagne (je devrais dire notre Bretagne puisque Greg est aussi breton mais lui étant plus du côté de St Malo et ne connaissant pas encore le Finisterre, j’aime à dire « Ma Bretagne » ! Et puis comme ça je perpétue les petites taquineries familiales…) je l’aime bien et, pour être franche, elle commençait à me manquer. Et non, je n’ai pas honte de le dire ! Et oui, je vais me faire un malin plaisir à regarder le crachin tomber toute la journée, blottie dans le canapé, devant un bon feu de cheminée et mes bouquins. Mes lunettes d’étudiante sur le nez, le chat qui ronronne sur le ventre et les plateaux télé devant des séries inintelligentes ! (Je vais pouvoir rattraper mon retard d’au moins trois saisons de Lost…) Et puis, faire un tour dans le jardin, vérifier la croissance des rosiers, guetter l’apparition des premiers bulbes et replanter ce pied de basilic ! Enfin, les douches chaudes quotidiennes et sans restriction de temps, ou presque.
Je vais donc laisser mon homme, mon aventurier, mon navigateur à son triste ( ?) sort… Lui qui ne sait dire que si peu de mots en espagnol et en anglais, lui qui se coltinera seul toutes les formalités d’entrée et de sortie, lui qui découvrira sans moi de nouveaux paysages, de nouveaux pays, de nouvelles odeurs (et pas les moindres : les Galapagos, les Marquises, les Gambiers, entre autres…). Mais au moins ses navigations seront plus tranquilles. Il n’aura plus à m’alimenter pour que je survive jusqu’à l’arrivée, il ne se sentira plus désarmé face à mes larmes de fatigue et d’angoisse, il ne se sentira plus obligé d’installer « ma » bâche pour ne pas que je rôtisse au soleil…Au moins, il n’aura à faire qu’avec lui-même, ce qui est déjà beaucoup pendant certaines navigations et il ne se sentira plus obligé de prendre soin de cette handicapée que je suis pendant les traversées. J’ai parfois tellement de difficultés à rejoindre les toilettes que je préférerais me rendre incontinente ! Voilà ce que fut pour moi la traversée entre Haïti et le Mexique ! La plus longue (une semaine) et la plus dure. J’en pleurais déjà d’avance, cinq minutes après avoir levé l’encre. Pourtant les quatre premiers jours ne furent presque que du bonheur : pas de vent, pas de mer, un peu de moteur et du génois tangonné. Puis les deux derniers jours tout s’est accéléré, un vrai cauchemar. Je ne rentrerai pas dans les détails puisque de toutes façons je n’en ai que très peu vu. Mais ce dont je me rappellerai, c’est que je maudissais tout et me demandais ce que je pouvais bien faire là…
Finalement pour dire que Greg aura quand même certains avantages à ne plus m’avoir à bord et que même si on préfèrerait ne pas avoir à nous séparer aussi longtemps, il finira par remercier l’appel du sécateur. Renaud avait raison : « la mer ne prend pas la femme qui préfère la campagne… ».
(Merci mon amour pour tout le mal que tu te donnes pour prendre soin de moi.)
Morgane