Le tour du monde du voilier TIMSHEL et de son equipage
Fidji, île de Makogai 17°26.590 S // 178°57.587W 4.10.08
Convalescence à la léproserie
L'engouement que l'on peut ressentir pour un pays, une île, est souvent dû à la première impression que l'on ressent. Moi, avec les Fidji, je le savais, ça n'allait pas bien commencer. Car la barrière de la lourde administration et des paperasses à rallonge pour effectuer notre entrée officielle, me pèse. Et ça ne loupe pas ! Le résultat : une entaille sur le front de plus de 5 cm, une arcade coupée, et un nez tuméfié ! Mais le plus simple pour expliquer ce qui est arrivé, est de revenir un peu en
arrière...
29 sept, après 24h de nav paisible, nous pénétrons de nuit dans le labyrinthe d'îles de l'archipel des Fidji. Je voulais y accéder par le large « Nanuku passage », mais à cause du vent de sud que l'on a eu, nous arrivons par le petit «Vetauua passage ». Toujours en conserve de 2
bateaux, Oukiok et Timshel se faufilent entre les reefs, avec pour les 2 capitaines, peu de sommeil de prévu. Nous atteignons le Rabi Channel en fin de matinée et passons le méridien opposé à Greenwich à 10h. Au niveau du détroit Somosomo Strait on rencontre un courant contraire de 3 nds, et nous pénétrons dans la mer de Koro. En fin de journée, de nouveaux slaloms se préparent et nous passons de nuit Caucau Momo, Nairai Island et Batiki Island. Lever du jour et toujours très très peu de sommeil, le port de Levuka s'offre à nos yeux, fatigués. La navigation « côtière », est tellement plus « stressante » que la nav au large ! De plus, être à deux bateaux, m'oblige à plus de vigilance car c'est toujours un obstacle potentiel. Nous arrivons devant le village qui fût l'ancienne capitale des Fidji où 2 voiliers sont déjà ancrés dans la baie. Et l'un d'entre eux est Ocealys, nos copains avec qui nous avions navigué de Mopelia jusqu'aux Tonga. Avec plus de 800 îles que comprend les Fidji, c'est une belle coïncidence de se retrouver ici ! Mais pas le temps de se réjouir ou de se reposer, nous devons nous plier aux paperasseries obligatoires de chaque arrivée. Ici, aux Fidji, je les redoute car ils ont l'air d'avoir la palme d'or ! Et effectivement, de 8h30 du matin, jusqu'à 17h30, c'est un sprint ininterrompu de papiers à remplir avec toujours les mêmes renseignements ! C'est donc dans cet état de fatigue et de stress que je me couche harassé ce soir là. Et puis, peut-être une demi-heure après m'être endormi, dans un songe, j'entends des voix qui me crient : « Greg, on va se rentrer dedans ! » Je suis entrain de rêver que Timshel percute un bateau de copain. Et donc, dans mon rêve, je me lève d'un bond pour sortir. Mais dans la réalité, j'ai fais pareil, à savoir, je me suis jeté au plafond de toute ma force. Et à la sortie de notre lit, il y a des obstacles, au plafond, saillants. Ce qui est certain, c'est que cela m'a réveillé, mais avec le front en sang. Me voila avec une coupure verticale du cuir chevelu, jusqu'au sourcil, et le nez aussi est touché. Et merde, je suis passé au travers de toutes les gamelles que l'on se tape étant enfant, j'en suis sorti sans une cicatrice, sans séquelle, je navigue à l'année sur Timshel, avec le risque de se prendre des bômes dans la gueule, ou bien de se couper un doigt sur un empannage loupé, et c'est en dormant que je me fais mal ! C'est un comble ! Comme quoi, le danger est bien là où l'on s'y attend le moins !!!
Lendemain matin, c'est avec ma tête d'accidenté de la route que je fini les formalités, car une journée ce n'était pas assez !!! On visite le village, cela ressemble au far west, les maisons en bois s'alignent sur une unique rue. Je ne veux, à présent que me reposer, mais le vent se lève et le mouillage devient très vite infernal. Le lendemain matin, nous nous rendons avec Joël de nouveau aux douanes, pour effectuer notre « sortie ».
Et oui, aux Fidji, en quittant un port, on doit faire une nouvelle sortie et au prochain port, refaire une entrée, etc, etc, etc.J'adore ! Mais encore mieux, j'apprends que notre « permis crusing » indispensable pour aller dans les îles, n'est valable que pour Ovalau et ses petites îles autour ! Pour obtenir le vrai « permis crusing », bon pour toutes les Fidji, il faut se rendre à Suva, la grande Capitale, la répugnante. Je n’y crois pas, on s'est fait chier à venir ici, pour que les formalités soient plus simples qu'à Suva, et nous sommes quand même obligés d'y aller ! Amis navigateurs, n'écoutez pas ce qui est écrit dans le guide des Escales de Cornell, ne faites pas votre entrée à Levuka ! Donc changement de programme, pas possible d'aller dans les îles du sud, nous allons donc nous protéger dans la petite île de Makogai, située à 17 milles au nord Est de notre position. En moins de 3 heures, Oukiok et Timshel sont enfin au calme devant l'ancienne Léproserie des Fidji. Au programme donc, repos, repos et repos. 3j de vent soutenus sont au rendez vous, donc 3 j de farniente !