Le tour du monde du voilier TIMSHEL et de son equipage
Beveridge Reef 20°01.263 S // 167°45.445 W 28.08.08
Beveridge reef, le no man’s land
Alors ce coup-ci, je suis sûr que vous serez peu, à trouver sur une carte, l’endroit où nous sommes mouillés ! Tout a commencé il y a un peu moins d’un an, quelqu’un m’avait parlé d’un stop possible au milieu de nul part, dans le pacifique sud. Mais il ne savait plus le nom, ni la position. A l’époque, je m’étais dit que cela pouvait être intéressant d’y aller, mais personne ne savait de quoi je parlais. Lors de notre passage à Palmerston, un voilier Américain, Baraka, a parlé de Beveridge Reef, un atoll immergé pourvu d’une passe. J’ai tout de suite fait le rapprochement et pris les renseignements. Mais voilà, il n’y a pas de cartographie des lieux, sur les cartes, c’est noté « peut être situé à 3 M au N/E » et encore « zone à risque à contourné largement »… Le genre de détails qui m’enthousiasment… Au moins, ce ne sera pas une destination surpeuplée ! Alors nous voilà en route, avec deux similis cartes relevées à la main par deux bateaux qui y seraient passés au début des années 90. Une représentant le récif en forme d’ovale, l’autre en rectangle… Les WayPoints sont sensiblement identiques… enfin, juste celui de la passe. Je prévois d’y arriver pour le surlendemain matin, mais à peine partis, le vent tombe et je vois arriver une bonne dépression pour dans 6 jours, avec des vents prévus à plus de 30 nds. Grrrr, ah non, Beveridge reef ne va pas m’échapper si près du but ! On met le moteur et toutes les voiles pour réussir le pari de faire le reef, d’y rester 24h, puis de déguerpir rapidement pour se mettre à l’abri à Niue pour le coup de vent. Bref, le timing est chaud. Dernière nuit avant l’arrivée, le ciel devient bien noir et la pluie commence à tomber, le vent tourne à l’Ouest, soit de face : bienvenue à la dépression. Au petit matin, on doit être à porter du but, mais on ne voit pas à 100 m. Ouf, une petite éclaircie et le blanc écumeux des vagues se fracassant sur la barrière se dévoile enfin. Il ne m’en faut pas plus pour remettre en route et une heure après nous sommes dans la passe. 4 nds de courant contraire et un bon mascaret, on contrôle la profondeur, les vagues plus ou moins hautes et les dauphins qui sautent dans les vagues et hop, on est à l’intérieur ! Yesss, on y est !!! Plouf, rebelote, il pleut, on voit plus rien. Heureusement, pas de patate de corail, dans le lagon, 10 m de profondeur. On se dirige au sud, car les vents devraient tourner sud est. Il y a déjà un bateau au mouillage, un américain. Nous mouillons à environ 5OO m de lui pour ne pas empiéter sur sa solitude et nous voilà mouillés au milieu de nul part ! Incroyable, autour de nous un dégradé de bleu, une vieille épave et puis l’océan. La barrière ne se voit pas. Elle est bien immergée mais elle casse tout de même bien la houle. Ici, peu de voiliers passent. Peut être 5/6 par an. A part l’épave, il n’y a aucun signe de la présence sur terre d’êtres humains. On se sent vraiment loin de tout, loin du monde. Ancrés en plein océan Pacifique Sud. Notre voisin s’en va, le lagon est pour nous !