Tahanea, Tuamotu 16°52.797 S // 144°35.297W 27/04/2008
Vent de panique à Tahanea
Plusieurs difficultés résident dans la navigation au sein de l’archipel des Tuamotu. A l’époque, les Tuam étaient appelés « archipel dangereux » et bon nombre de voiliers y on fait naufrage. On découvre encore de nos jours, des restes de bateaux sur les récifs, voir même des
bateaux complets. Plusieurs raisons à cela. Les atolls sont très bas sur l’eau et l’île apparaît toujours au dernier moment. Depuis le pont de Timshel, je les aperçois seulement à moins de 15 milles. De plus, entre
les atolls, il peut y avoir de forts courants et un sommeil un peu trop long, peut générer de belles surprises d’écarts de route… Mais avec nos outils de positionnement, ces problèmes sont résolus et peu de bateaux sont perdus aux Tuam, en navigation. Mais il nous reste encore quelques délicates situations…
La première, est l’entrée dans le lagon. (Seulement une quinzaine d’atolls sont pourvus de passes sur environ 76). Le courant peut y être très important, par exemple à Amanu, on avait plus de 10 nds de courant et à Hao, le record a été de 20 nds ! Bref, autant vous dire, que le timing horaire est judicieux. Le principe est simple. Pour simplifier l’explication, on entre au alentour de la marée haute, ce qui génère un courant entrant et puis pour sortir, l’inverse. Mais les problèmes, ne sont pas finis… Le mouillage peut y être délicat en raison des nombreuses patates de corail, qui jalonnent le fond. Les chaînes s’enroulent autour et finissent par casser si le vent tourne et que la houle se lève. Bon nombre de bateaux ont été perdus à cause de ça. La technique palliative est d’installer des bouées sur la chaîne, tous les
10 m environ, pour la faire « flotter » entre deux eaux et qu’ainsi elle puisse passer au dessus du corail lorsque le vent tourne. Les bouées, pas besoin d’en acheter, on les ramasse par dizaines sur le platier… Et puis, règle n°1 au Tuam, prendre la météo presque tous les jours ! Car si le vent doit tourner, il faut impérativement changer de
coté de l’atoll, pour remouiller toujours sous le vent (prévu) de la barrière de corail. C’est pour cela, que les atolls de taille raisonnable, sont conseillés.
Mais voilà, ça c’est la théorie, la pratique réserve parfois
bien des surprises…
Avant hier, j’arrive donc a Tahanea, la passe devait être praticable en fin de journée, mais je devais attendre 3 h devant… Alors, malgré le courant sortant, je tente de forcer, en passant par le coté bâbord et ça passe. En effet, plus tu longes le bord, moins le courant est fort,
voir parfois s’inverse…Bon a savoir… Le lendemain, je suis mouillé à coté de mes amis Thélème, le vent est de nord et la météo ne prévoit que du vent de nord pour les 3 prochains jours, avec le passage très au sud d’une dépression… Le soir, de gros nuages apparaissent et dès le début de la tombée de la nuit, le vent tourne à 180 degrés avec 20/25 nds, ce qui nous met face au vent mais surtout face aux vagues qui grossissent rapidement.
Moi, je n’ai plus que 2m dessous, les patates ne sont pas si loin… Et ça dur ainsi jusqu’à minuit, nous faisant tourner sur nous-mêmes une bonne dizaine de fois. Mais rien de cassé, la technique est éprouvée, le système des bouées a bien fonctionné. J’ai perdu dans la bataille
deux bouées, résultat immédiat, la chaîne est coincée à 12 m de profondeur. Heureusement, en deux heures de temps, avec l’aide de mon copain Richard, tout est démêlé et nous sommes parés pour une nouvelle couche qui finalement n’aura pas lieu.
Enfin, tout ça pour dire que même en mettant toutes les chances de son côté, aux Tuam, on n’est pas à l’abri d’un coup de bambou non signalé. On est ici, sans filet, et tout doit être appliqué dans les règles de l’art. Sinon, tu le payes instantanément.