Océan Pacifique sud est 2°43.469 S//91°42.290W 23/05/2007
Voilà un peu plus de 24h que je suis en mer, j’ai enfin arrêté le moteur cette nuit, je continue toutes ailes déployées avec un petit 13 nd de sud. Et oui, je suis encore au près serré…J’aime ça ! Peut être qu’un jour, j’aurais le droit d’utiliser mon tangon… Il faudra sûrement que je relise la notice d’utilisation ! Mais malgré cela, les conditions sont parfaites, peu de mer, courant favorable de 1nd et du soleil. Grâce aux appros des Galaps, je me fais de bons petits plats.
Aujourd’hui dinde au coco et curry et demain des Enchelada et fajïtas con pechuga… Quand on vous dit qu’à bord de Timshel on mange bien ! C’est un bateau Français !!!
Océan Pacifique sud est 4°27.878 S//92°34.897W 24/05/2007
Moi qui commençais à penser que cette transat serait une petite promenade de courtoisie… Le vent est monté d’un cran et surtout la houle est bien montée. Ce ne serait pas gênant sur des allures porta portantes mais je suis au près serré ! Donc il faut bien le dire, ce n’est pas très agréable, le bateau tape dur dans les vagues et le bateau est gîté au maxi. J’ai été survolé par un avion des Douanes Américaines (je suppose), il m’a fait du rase motte à trois reprises ! Moi qui me croyais seul sur terre (sur mer…) Ensuite, j’ai eu la visite d’une
copine mouette qui me tournait au dessus de la tête. Elle est rigolote, a des pattes Orange fluo et des yeux de la même couleur ! Jamais vu des yeux comme ça ! On a fait 265 milles en 48H, j’ai vraiment un bon bateau.
En deux jours, j’ai lu un Zoé Valdés, nul, j’ai lutté pour le finir, j’ai, dans la foulée, commencé un Pennac pour me réconcilier avec les livres…
Océan Pacifique sud est 5°54.915 S//93°44.449W 25/05/2007
Adieu ma destinée…
C’est officiel, depuis ce matin 10H, Morgane a quitté ma vie, notre vie. Le bateau demande beaucoup de sacrifice, je le savais, j’ai accepté le prix à payer et je le paie aujourd’hui. Le montant est bien élevé, le prix fixé est mon bonheur sentimental à jamais perdu. Je sais à présent, que je ne serai plus jamais heureux car je viens de perdre la femme de ma vie, la vraie, la seule, celle qui devait me donner des enfants et me chérir toute ma vie. Adieu bella, je serai toujours là près de toi. Adieu ma perle, sois heureuse, fais le pour nous. Je t’aurais aimée chaque jour. Tchao ma perle.
Je me retrouve seul à la barre de ma vie, cap sur mon avenir, sur ma destinée, elle a intérêt d’être à la hauteur !
Océan Pacifique sud est 8°16.718 S//95°37.463W 26/05/2007
Et ça tape, ça cogne, ça gîte, ça tangue, ça roule, bref, que du bonheur. Il y a des fois, où l’on se demande ce que l’on fait là. On se dit parfois qu’être Breton et donc Têtu, c’est chiant. J’aurais pas été mieux, à suivre tous mes copains de Panama et mettre le cap à l’ouest, direction les Marquises, avec son alizé bien établi, les voiles en ciseaux et se bronzer la pilule à 8 nd sans broncher ! Et bien non, riche de mon expérience en Haïti, je suis certain que les plus beaux échanges, les plus belles découvertes se trouvent dans les îles en dehors des sentiers battus. Dès qu’il y a trop de tourisme, ou bien trop de voiliers dans un endroit, les autochtones se perdent et nous découvrons plus que des pièges à touristes. Et pourtant dans 5 jours, je vais entrer dans l’hiver austral, là où les tempêtes n’oublient pas votre prénom et font payer cher le droit de passage. Donc tout schussssssssss, je continue au maxi, près serré collé à 6 nd, j’essaie de rattraper le temps perdu et je m’arrêterai seulement quand la mer me dira stop. Mais mon Timshel est costaud, il ne me laissera pas tomber. Moi je lâcherai avant lui. Vas y ma poule, roule ma poule
Océan Pacifique sud est 11°51.193 S//98°04.654W 28/05/2007
Chaque seconde, je regarde l’ouest et je me dis que ça serait facile… Je suis à la latitude des Marquises, si je voulais, je pourrais arrêter se
tap-tap ! Depuis hier soir, fini mon poste de surveillance dehors dans le cockpit, ça mouille vraiment trop. Toutes les vagues passent par-dessus et je ne peux plus mettre mon nez dehors sans recevoir des tonnes d’eau. Je vis terré à l’intérieur. Il faut tenir bon, lutter contre l’envie si facile de mettre cap à l’ouest. Je dois tenir, résister. Je vis à quatre pattes, en m’accrochant partout, je glisse, je tombe, alors finalement je me rallonge et je bouquine ! Un livre par jour ! Entrecoupé par mes séances cuisine, grand luxe, que des bo
ns plats ! Aller, pour faire des envieux : Tartiflette à la dinde et au fromage d’équateur( excellent), Escalope de dinde frites sauce moutarde, Fajïtas et Encheladas à la dinde, Omelette garnie d’oignons, patates, dinde, fromage, Risotto de riz dinde oignons piment et sauce salsa…. Bref, comme vous avez pu le remarquer, il y a beaucoup de Péchuga, (c’est mon nouveau surnom à panama) car au Galaps, j’en ai acheté 1 kg, et il faut se dépêcher à le finir !
Océan Pacifique sud est 13°31.317 S//99°21.580W 29/05/2007
Depuis hier, en fin de journée, le moral n’était pas au plus haut. Mais comme par magie, juste au moment propice, des dauphins par centaines sont venus jouer autour du bateau, à sauter partout, juste pour moi, seul spectateur de cette nature si belle. Le moral remontant, je me suis mis Emilie Simon, en boucle et à fond, accompagné de mon traditionnel rhum vieux et mes nachos, salsa mexicaine, et après tous ces petits repères, ces habitudes de petit vieux, je me suis senti bien dans mon élément, heureux de nouveau d’être là, à écumer les vagues de face, à ne dormir que quelques heures par nuits, à wintcher 24h sur 24, bref heureux d’être en mer, seul avec moi-même.
Aujourd’hui, bonne nouvelle, j’ai un truc à fêter ! Même si ces dernières 24 h, je n’ai fait que 125 milles, je change de carte à l’instant. Depuis Panama, j’avais pour carte celle qui couvre l’Amérique centrale, et à présent je prends enfin celle de l’océan Pacifique sud et au sud ouest de cette carte, il y a l’île de Pâques…enfin. De plus, l’échelle de celle-ci me permet de tirer des traits plus grands… C’est bon pour le moral, on a l’impression d’avancer plus vite !
Depuis la nuit dernière, les vents sont très variables avec le passage de beaucoup de grains. Je manœuvre sans arrêt car les vents oscillants de 10 nd à 25 ! A la fin de la nuit, n’en pouvant plus, j’ai finalement laissé la voilure pour le 25 nd pour me reposer quelques heures, mais il y a 50 minutes de 10 nd pour 10 minutes de 25… C’est pour ça que je n’ai pas avancé beaucoup.
De nouveaux grincements apparaissent tous les jours, j’aime pas ça, lui qui était si silencieux, il faut que je vérifie le gréement pour me rassurer, mais dans l’ensemble, je ne lui tire pas trop sur la gueule et pour preuve, depuis les Galaps, Zéro avarie, ce qui est rare sur un bateau !!!
Autre bonne nouvelle, je viens de passer le cap de la mi parcours… Oh la fête que ça va être ce soir… Non je rigole, je n’ai pas le temps pour ça !
Océan Pacifique sud est 15°27.337 S//100°43.310W 30/05/2007
48 h … Depuis 48h, ce n’est que grains sur grains. Le vent varie de 10 nd à 25 et pour continuer d’avancer je ne fais que changer la voilure. Je ne demande pas grand-chose, que du vent constant, même contraire je préfère ! Et pourtant, il n’y a pas le choix, il faut tenir bon, la terre la plus proche est a 1000 milles et c’est justement l’île de Pâques.
Pour m’oxygéner l’esprit, je me gave de musique, celle que m’ont donnée mes amis « d’échappée belle », ça me permet de me sentir auprès d’eux…autre part.
Je râle, je rechigne, je gueule, mais je ne laisserai ma place pour rien au monde, je suis bien, là, loin du monde, seul avec mon moi intérieur, avec mes questions et mes réponses, mes envies, mes peurs et mes joies, et même si, au fond de moi, je rêve d’une petite maison en pierre en Bretagne, avec un grand jardin pour regarder, avec ma femme, mes enfants jouer. J’espère que cela m’arrivera aussi et que je ne suis pas voué au célibat toute ma vie et de ne rester qu’un amant éternel dans le cœur de mes conquêtes.
Océan Pacifique sud est 16°55.933 S//101°47.793W 31/05/2007
Et de 3 ! 3 jours de grain sur grain, à tel point que depuis ce matin, ce n’est plus qu’un seul et unique énorme grain. Le vent et la mer sont montés d’un cran encore et je vais commencer à parler de dépression. Le vent atteint plus de 30 nd et toutes les vagues éclatent sur le pont de Timshel. Tout le bateau souffre, le pilote auto, les voiles, les bouts…Et les problèmes apparaissent les uns après les autres, ce qui est normal, vue que ça fait + de 8 jours que ça tape de partout. Ce matin, je me suis aperçu qu’il y avait une infiltration d’eau dans ma cabine arrière et j’ai enfin trouvé ce soir d’où cela pouvait venir. C’est le portique arrière qui commence à se faire la malle… Il y a une heure, une forte odeur de peinture est apparue…C’est un pot d’époxy de 4 litres qui s’est répandu dans les cales… Super le mal de crâne car en plus je suis actuellement enfermé à l’intérieur, hermétiquement fermé… J’aimerai bien avoir juste une photo satellite du secteur pour analyser la situation et réagir en conséquence, à savoir, si je continue vers le sud dans le cas où ça se calme ou bien je pars en fuite vers les Gambiers et ainsi me mettre vent et vagues sur la poupe du bateau. Si je continue comme ça, je vais finir par tout casser, drosser et rouler par les déferlantes.
Joyeux anniversaire Aïcha, il n’y a pas une année où je n’y ai pas pensé. Tu es et tu resteras un de mes plus grands regrets dans ma vie…
Océan Pacifique sud est 18°25.475 S//102°49.692W 01/06/2007
Depuis hier soir, le temps s’est encore aggravé, le vent ne descend plus en dessous des 25 nds et la mer devient grosse, les vagues déferlent, ça devient délicat. Cette nuit, j’ai mis en fuite deux fois sous des rafales à plus de 35 nds, je n’ai plus que la trinquette de 10 m2 et ça avance toujours autant. Résultat mon pilote a encore rendu l’âme, ce n’est même plus une surprise, je me demandais juste à quel moment cela arriverait !!! Enfin, il fonctionne encore mais avec un tel bruit qu’il doit réveiller tous les poissons des alentours… Ce matin, j’ai pu remettre en route sous Gv 4 ris et trinquette mais ça souffle encore à plus de 30 nds. J’ai ensuite commencé mon nettoyage de cales, car ça pu tellement que je suis complètement shooter… Résultat après 3 h de nettoyage, c’est pareil ! Je recommencerai demain et ainsi de suite. Puis, j’ai sorti la carte des Gambiers, avec une forte envie de virer cap à l’ouest…Et non, je continue encore en espérant que ça se calme un peu car je me fais un peu trop souvent coucher.
Océan Pacifique sud est 20°21.524 S//104°00.256W 02/06/2007
Ca se calme !!! Condition manoeuvrable, 20/25 nds, c’est le bonheur. Je suis juste dérangé par le bruit effroyable du pilote qui ne va pas tenir très longtemps, mais je le laisse jusqu’à son dernier souffle. Je peux enfin faire autre chose que des réglages de voilure, et je m’occupe en faisant des montages vidéo de mes péripéties… à voir prochainement sur le blog, si je peux les mettre en ligne, sinon, il faudra attendre mon retour pour une vidéo conférence ! La température de la mer diminue chaque jour, en ce moment elle atteint le stade critique des 24°… Je ne suis pas près de me baigner, mais par contre cela va sûrement ralentir la floraison des mes anatifes sous ma coque qui me font me traîner de plus en plus.
Ce matin, j’ai voulu renvoyer un peu plus de toile pour profiter de ce « calme » mais je me suis trouvé dans l’incapacité de dérouler mon génois. Mon enrouleur est bloqué, c’est le roulement de l’émerillon en haut qui est grippé. Soit donc à 12 m au dessus de moi… Impossible pour l’heure, de tenter une réparation ! Je crois que je vais poursuivre mon voyage sans génois.
Depuis 2/3 j, je commence à ouvrir des boîtes de conserve puisque mes vivres de frais se font de plus en plus rares dans le frigo, et j’ai été très très déçu par une boite achetée à Panama. Elle avait pourtant une belle étiquette (j’en ai donc acheté 15 boites…) avec une photo représentant de beaux haricots rouge et surtout, un lardon ! Pas deux, juste un ! Et donc en la cuisinant, j’ai cherché le dit lardon mais impossible de lui mettre la main dessus et de plus, le goût des haricots rouge était vraiment très … chimique ! Par contre, les boites achetées aux Galaps sont supers, elles ont de la viande dedans, de la vraie, cuisinée. La première que j’ai testée, a un goût de bœuf bourguignon !!! En Equateur, ils produisent aussi de très bons fromages, qui se situent entre le reblochon et le fromage à raclette… C’est une coopérative suisse qui dirige la production et c’est certainement le pourquoi du comment. Merci les Suisses !
Océan Pacifique sud est 22°08.259 S//105°15.423W 03/06/2007
Il était un petit bateau…
Il n’y a plus de vent !!! C’est toujours comme ça en voilier, soit il y en a trop, soit pas assez ! Je me traîne actuellement à 4 nds et je ne peux toujours pas renvoyer mon génois bloqué ! Alors je m’occupe différemment : Ce midi, je me suis fait une tartiflette et cet après midi, je me suis mis a fabriquer une maquette (grossière) de bateau. Un catamaran océanique, avec des coques en bouteilles d’eau, les liaisons
coques et le mat en pvc et la bôme en bois. Je lui ai même fabriqué des voiles, une GV, un Solent et un Genecker monté sur bout dehors ! Et puis j’ ai fixé une dernière bouteille au centre pour lui faire une nacelle de sécurité mais aussi pour y glisser quelques lettres pour un éventuel facteur océanique. Et puis, ça été l’heure du lancement à la mer, très émouvant bien sûr, on sait que c’est un adieu, il n’y aura pas de retour en arrière. C’est le déchirement le plus complet, personne ne parle, l’instant est tragique. Je lance donc le « Timshel 2 » depuis ma jupe arrière dans la direction opposée pour que la douleur dure le moins de temps possible (en fait, c’est pour ne pas risquer que la maquette me double…) Et hop donc, à la mer, et qu’elle n’est pas ma surprise de voir se fier bateau accélérer !!! Et il tient super bien son cap au nord. Pendant 10 min, je vois la petite tache blanche diminuer, il est beau ton navire, fin comme un oiseau. Va Timshel 2, en route pour de nouvelles aventures… Ce soir, c’est encore une soirée de gala, outre le lancement de Timshel 2 à fêter, il y a aussi le passage sur la carte du dernier pli… En effet, ma carte est pliée en 4 ce qui occasionne 4 plies, et je viens d’accéder au dernier quart de la carte ! On se débrouille comme on peut pour trouver des occasions à fêter !!! Plus que 370 milles avant Rapa Nui (nom polynésien de l’île de Pâques). Ah, je n’avance vraiment plus, au GPS, 2 nds, je vais m’aider pour la nuit d’un peu de moteur. Couincouinglocgloupsproutpeteshutflop… Ah, il ne veut pas démarrer ! Il préfère participer à l’augmentation de ma liste de réparations. Encore un truc à réparer, je verrai ça demain, allez, au lit, bonne nuit.
Océan Pacifique sud est 23°34.594 S//106°26.360 04/06/2007
Pas beaucoup avancé depuis hier, c’est ma plus mauvaise journée depuis le départ avec 120 milles de parcouru en 24h. La cause est le vent qui a faibli hier soir pour disparaître totalement durant la nuit. (donc plus de moteur et aussi plus de génois…) Mais à minuit, je ruminais tellement dans ma tête les causes plausibles du non démarrage de mon moteur, que je m’y suis attablé et découvert la cause : une fuite de gasoil… J’ai ainsi perdu 40 l qui sont partis dans mes cales avec le galon d’époxy !!! Ca commence vraiment à puer l’usine chimique désaffectée dans ce bateau !!!
J’ai tout de même réussi à colmater la fuite et ainsi pu faire 18 h de moteur pour m’avancer un petit peu. A présent, un gros nuage apparaît à l’horizon et le vent est passé de 5 nds à 25 ce qui a entraîné que je me batte avec mes ris de GV qui sont passés à 1 puis 2 et puis 3 et puis 4 durant la nuit !
Océan Pacifique sud est 25°14.442 S//107°38.713W 05/06/2007
Je suis presque arrivé, tralalalala…. Dans 24 h et 140 milles, je vais voir les volcans de Rapa Nui. Le finish va se faire en voile et moteur car le vent est encore tombé. Hier soir, me traînant avec
seulement ma trinquette comme voile d’avant, je me suis finalement décidé à monter en haut du mat pour voir si je pouvais bricoler un truc pour mon émerillon d’enrouleur bloqué. Mais le roulement est bel et bien explosé et le tambour se met de travers et se bloque. En débridant un peu la drisse de Génois, c’est un peu mieux, mais le risque que le génois reste coincé si je dois le ramener en urgence lors d’un grain est trop grand et j’hésite à l’utiliser. Depuis que le vent à diminué, j’essaie de pêcher mais rien, pas une touche et pourtant j’essaie différentes couleurs de poulpe. Je viens de finir le pain de mie que j’avais acheté aux Galaps, et ce midi j’ai donc recommencé à faire mon pain… C’est fou comme certaines odeurs donnent la joie de vivre et le bien être. Celle de la cuisson du pain est ma préférée.
Ile de Paques 26°32.418 S//108°51.318W 06/06/2007
Terre en vue !!!
10h, terre est en vue ! Une belle et grosse terre se profile à l’horizon, juste sur la proue de Timshel (heureusement…). L’île de Pâques est pourtant encore situé à 45 milles mais la visibilité est bonne pour une fois. J’ai dans un premier temps aperçu le volcan Katiki à l’est de cette terre puis en regardant un peu plus à droite j’ai pu aussi distingué le volcan Rano Roi. Vue d’ici, la couleur qui prédomine est le blanc, on voit déjà qu’il y a peu de végétation.
17H30, je ne peux atteindre le mouillage de Ranga Roa avant la tombée de la nuit et je décide de faire demi tour et de me laisser dériver le long de la côte nord de l’île, pendant la nuit et ainsi revenir à la première heure. Drôle de nuit, à contrôler régulièrement quelques lumières à terre et surtout mon radar pour me rassurer que je ne sois pas trop prêt de la terre.
Ile de Paques 27°08.588 S//109°26.028W 07/06/2007
Ma première journée à l’île des Géants…
J’ai donc remis en route ce matin à 5 heures pour revenir à Ranga Roa, pendant la nuit j’ai finalement dérivé de 15 milles ! J’arrive bientôt au niveau du mouillage vers les 8 h du matin et j’ai essayé plusieurs fois d’appeler la capitainerie comme le veut ici la procédure d’arrivée. Mais voilà, je ne sais pas si c’est mon coté espagnol nul ou le fait qu’ils dorment mais personne ne me répond ! Combien de bateaux téméraires vont être ancrés dans la baie…Je continue donc ma route et j’arrive à Hanga Roa et là surprise, le soi-disant mouillage le mieux protégé de l’île en présence de vent de sud est (comme aujourd’hui), n’est autre qu’un bouillon de marmite. Cad, les vagues déferlent sur la côte et les roches des alentours, le vent rugit ici alors qu’en mer, il n’y a que 10 nds (effet venturi entre les deux volcans) et pour clore le schéma catastrophe, la profondeur est de 25 m (donc il me faudrait mouiller mon ancre avec une chaîne de 100 m !!!) Et je suis seul, il n’y a aucun autre bateau (annuellement, il n’y a que 22 voiliers à venir par ici). Oh miracle, la capitainerie se réveille et essaie de me causer ! Bon là, c’est le point critique, c’est à ce moment là que je préfère être en mer, car essayer de me faire comprendre avec mon francaiseespagnolenglish dans une VHS est mon plus grand calvaire. Essayer de comprendre les autres est encore plus ardu pour moi… La discussion que l’on a doit être vraiment comique pour tous ceux qui écoutent ! J’arrive tout de même à leur demander si c’est possible que je puisse entrer dans le minuscule port de Hanga piko, juste à coté d’où je suis. Il y a peu de places en principe et les conditions d’accès sont très difficiles et l’on doit leur demander l’autorisation. Il me dit finalement ok, un bateau doit venir me guider à travers le slalom des déferlantes pour accéder à ce port en début d’APM. Donc je tourne en rond en attendant car je ne veux pas mouiller ma chaîne dans 25 m de fond au risque de bloquer l’ancre au fond…(ce qui arrive…) et je découvre, au passage, mes premiers Moaï sur le bord de cette baie, regardant la mer.
A 12h, nouvel appel VHF de la capitainerie (je pense), et je crois comprendre qu’il n’y a pas de place dans le port pour l’instant mais peut être vers 16/17h… Bon ok, je vais finalement mettre l’ancre pour arrêter un peu le moteur. Je n’ai plus qu’à attendre, car ici on peut débarquer qu’avec l’aide d'un pécheur car les déferlantes sont trop dangereuses pour nos petites annexes. Et donc j’attends en espérant que j’ai bien compris ce que le gars m’a dit !
15h, nouvel appel VHF, nouvelle personne de nouveau qui me dit « Bonjour » ! Yes, je vais enfin comprendre quelques choses !!! Et effectivement la personne parle bien Français et m’explique que je ne peux pas accéder au petit port de Hanga Piko car les conditions de mer ne sont pas favorables. Tu parles que j’en m’en doute, je vois d’ici l’entrée pour y accéder et se ne sont pas des petites vagues mais de véritables monstres qui déferlent. Les vagues doivent atteindre les 5 m !!! Donc il poursuit pour me dire qu’ils attendent demain matin à 8H30 pour voir si la mer s’est calmée. Je leur demande la possibilité d’effectuer les formalités d’entrée maintenant (ce sera déjà ça de fait) mais la marine de guerre ne sera dispo que demain à 11H. Et pour conclure, il m’informe que là où je me suis ancré (j’ai trouvé un coin ou il n’y avait « que » 15m de fond), c’est une zone protégée et que je dois mouiller à 100 m plus loin, là où les fonds sont à 25 m. Et je lui explique que je ne peux pas car je n’ai « que » 50 m de chaîne. Il comprend et me dit que l’on verra ça demain.
En clair, si je peux entrer dans le port, c’est cool sinon je ne pourrais pas rester là et je serai obligé de partir.
Voilà mes 1er 24 h au pays des géants de pierre… J’avais rêvé mieux !